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Oh
Nus ! Exposition arAcanthe du 23 au 26
juin 2006
Souvent,
je choisis un point fixe, un petit défaut dans
le mur ou le plafond, et j'y accroche mon regard, comme
un fil tendu à ce point d'ancrage qui m'aide à rester
immobile, telle une statue vivante. Je pose, je me pose.
Rapidement, dans cette immobilité me vient une
envie de bondir, je me sens comme au départ d’un
sprint. Le voient-ils, pendant qu’ils dessinent ou me
peignent ?
Leurs
regards sont d'une autre nature, d'une autre forme. Ils passent
leur temps à dire oui de la tête. Quelques secondes
sur le dessin, un petit mouvement du cou, quelques secondes vers
moi, retour vers le dessin, inlassablement. Chacun à sa
manière, à son rythme, le sourcil froncé,
le menton studieux. On dirait qu'ils voient tous quelque chose
de différent. Je voudrais pouvoir les observer attentivement,
mais l'immobilité de la pose m'en empêche.
Nue.
Sans artifice, sans masque, sans parure. Fragile comme un bébé,
et parfois joyeuse, forte aussi. Je choisis une pose, je leur donne
mon corps à regarder, à interpréter, à recomposer, à traduire.
J'écoute.
J'entends des bruits qui émergent doucement du silence,
des bruits de chaise ou de respiration, une feuille qu'on déplace,
le crissement des crayons sur le papier. Ce bruit là, surtout
ce bruit des crayons qui grattent, un peu comme s'ils grattaient
ma peau. Il me stimule et me nourrit.
Je
me demande ce qu'ils vont faire de moi. Ce qu’ils prennent de moi.
Parfois ce sera la lumière de la peau ou le noir des cheveux,
pour un autre l’attitude, pour une autre un fragment singulier,
comme la jointure des épaules ou du cou, un déhanchement,
une tension dans le dos ou une jambe relâchée. Dans
ce silence, un peu de moi se dépose doucement sur le papier.
Vraiment,
je me demande ce qu’ils vont faire de moi…
Serge, avec le précieux concours de
Naïma
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